{"id":158,"date":"2015-10-19T12:32:46","date_gmt":"2015-10-19T10:32:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.trauma-and-prostitution.eu\/fr\/?p=158"},"modified":"2016-01-09T13:50:00","modified_gmt":"2016-01-09T11:50:00","slug":"des-sequelles-semblables-a-celles-du-syndrome-de-choc-post-traumatique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.trauma-and-prostitution.eu\/fr\/2015\/10\/19\/des-sequelles-semblables-a-celles-du-syndrome-de-choc-post-traumatique\/","title":{"rendered":"Des s\u00e9quelles semblables \u00e0 celles du syndrome de choc post-traumatique"},"content":{"rendered":"<p><strong>La prostitution laisse des s\u00e9quelles semblables \u00e0 celles du choc post-traumatique, avancent une psychologue allemande et Rachel Moran, une Irlandaise qui a mis plus d\u2019une d\u00e9cennie \u00e0 se remettre de son propre champ de bataille, sept ans de prostitution durant l\u2019adolescence. <em>Le Devoir<\/em> a rencontr\u00e9 ces deux femmes, qui appellent \u00e0 reconna\u00eetre la prostitution comme une violence.<\/strong><\/p>\n<p>Montr\u00e9al, le 19.10.2015<\/p>\n<p>Vendre son corps jour apr\u00e8s jour entra\u00eene des effets psychologiques <em>\u00ab<\/em><em>\u00a0<\/em><em>cliniquement similaires<\/em><em>\u00a0<\/em><em>\u00bb<\/em> \u00e0 ceux qu\u2019elle a observ\u00e9s en terrain de guerre, notamment en Bosnie et au Kosovo, explique <a href=\"https:\/\/www.trauma-and-prostitution.eu\/fr\/\" target=\"_blank\">Ingeborg Kraus<\/a>, sp\u00e9cialiste du syndrome du choc post-traumatique (SCPT), rencontr\u00e9e avec Mme\u00a0Moran lors de leur passage \u00e0 Montr\u00e9al pour une conf\u00e9rence. <em>\u00ab<\/em><em>\u00a0<\/em><em>La prostitution est seulement possible dans un \u00e9tat dissociatif, o\u00f9 les ph\u00e9nom\u00e8nes naturels de d\u00e9go\u00fbt, de m\u00e9pris ou de peur sont d\u00e9connect\u00e9s. Ce v\u00e9cu est tout de m\u00eame enregistr\u00e9 dans un autre endroit du cerveau, une sorte de bo\u00eete noire qu\u2019on appelle la m\u00e9moire traumatique<\/em><em>\u00a0<\/em><em>\u00bb<\/em>, explique-t-elle en d\u00e9tail dans un fran\u00e7ais impeccable.<!--more--><\/p>\n<p><strong><span class=\"intertitre\">Pas un m\u00e9tier, une violence<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Comme dans le cas de soldats qui ressentent l\u2019onde de choc \u00e0 leur retour, les femmes qui sortent de l\u2019industrie du sexe subissent cette <em>\u00ab<\/em><em>\u00a0<\/em><em>bombe \u00e0 retardement<\/em><em>\u00a0<\/em><em>\u00bb<\/em>, ce <em>\u00ab<\/em><em>\u00a0<\/em><em>v\u00e9cu en d\u00e9sordre<\/em><em>\u00a0<\/em><em>\u00bb<\/em>, poursuit celle qui traite ce genre de patientes.<\/p>\n<p>Le cerveau des femmes en prostitution leur joue donc des tours en se dissociant des sensations, une forme d\u2019anesth\u00e9sie du corps qui s\u2019accompagne \u00e9videmment de troubles affectifs ou psychosomatiques. Les traumatismes et l\u2019angoisse extr\u00eame associ\u00e9e peuvent alors \u00eatre d\u00e9clench\u00e9s par n\u2019importe quoi\u00a0: odeur, image, couleur, son. Apr\u00e8s un long traitement de ce syndrome de choc post-traumatique, la Dre\u00a0Kraus raconte que les femmes vivent <em>\u00ab<\/em><em>\u00a0<\/em><em>un r\u00e9veil, un v\u00e9ritable printemps, elles sont \u00e9tonn\u00e9es de retrouver les odeurs, le toucher et m\u00eame les saveurs<\/em><em>\u00a0<\/em><em>\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Consid\u00e9rant les cons\u00e9quences entra\u00een\u00e9es, elle croit ainsi que <em>\u00ab<\/em><em>\u00a0<\/em><em>pr\u00e9tendre que la prostitution est un m\u00e9tier comme un autre<\/em><em>\u00a0<\/em><em>\u00bb<\/em> est tout simplement du d\u00e9ni. \u00c9puis\u00e9e de tenter d\u2019aider les femmes \u00e0 gu\u00e9rir de ces traumatismes, la psychotraumatologue tente de faire pression en amont et signe, avec une cinquantaine de psychoth\u00e9rapeutes un manifeste en 2014. <em>\u00ab<\/em><em>\u00a0<\/em><em>Ce texte postule deux choses<\/em><em>\u00a0<\/em><em>: la prostitution est humiliante et d\u00e9gradante, une continuation de la violence. Et les hommes doivent prendre leurs responsabilit\u00e9s<\/em><em>\u00a0<\/em><em>\u00bb<\/em>, r\u00e9sume Ingeborg Kraus.<\/p>\n<p><strong><span class=\"intertitre\">Les survivantes s\u2019organisent<\/span><\/strong><\/p>\n<p>En parall\u00e8le \u00e0 ce r\u00e9seau d\u2019experts m\u00e9dicaux, de plus en plus d\u2019anciennes prostitu\u00e9es se regroupent aussi pour faire entendre leur voix. Rachel Moran a v\u00e9cu cet \u00e9tat dissociatif d\u00e9crit par la psychologue Kraus. Sortie de la prostitution dans les rues de Dublin et de la coca\u00efne \u00e0 22\u00a0ans, en 1998, afin d\u2019\u00eatre <em>\u00ab<\/em><em>\u00a0<\/em><em>une meilleure m\u00e8re<\/em><em>\u00a0<\/em><em>\u00bb<\/em> pour son fils, elle a mis plus de 10\u00a0ans \u00e0 <em>\u00ab<\/em><em>\u00a0<\/em><em>gu\u00e9rir de milliers de situations d\u2019invasions ind\u00e9sirables<\/em><em>\u00a0<\/em><em>\u00bb<\/em> et \u00e0 retrouver un peu d\u2019estime. L\u2019\u00e9criture de son livre, <em>Paid For<\/em><em>\u00a0<\/em><em>: My Journey Through Prostitution <\/em>(Pay\u00e9e pour\u00a0: mon passage \u00e0 travers la prostitution), a \u00e9t\u00e9 \u00e0 certains \u00e9gards th\u00e9rapeutique, mais sa prise de parole encore plus.<\/p>\n<p>Elle a commenc\u00e9 \u00e0 bloguer dans la foul\u00e9e de la campagne de sensibilisation <em>\u00ab<\/em><em>\u00a0<\/em><em>Turn off the red light<\/em><em>\u00a0<\/em><em>\u00bb<\/em> (\u00e9teignez le <em>red light<\/em>) lanc\u00e9e en 2007 en Irlande. Quand des panels d\u2019experts et des commissions se sont alors mis \u00e0 l\u2019inviter \u00e0 participer aux discussions, elle a vite constat\u00e9 qu\u2019elle \u00e9tait la seule autour de la table \u00e0 avoir r\u00e9ellement v\u00e9cu de la prostitution.<\/p>\n<p>L\u2019Irlandaise de 39\u00a0ans a donc d\u00e9cid\u00e9 d\u2019inciter d\u2019autres femmes \u00e0 prendre la parole publiquement pour \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9es dans les d\u00e9bats en fondant SPACE, regroupement international de \u00ab\u00a0survivantes\u00a0\u00bb. Elles ont explicitement choisi ce terme pour se d\u00e9crire, \u00e0 la fois pour rejeter le mot \u00ab\u00a0victime\u00a0\u00bb et pour mettre l\u2019accent sur cette violence v\u00e9cue que <em>\u00ab<\/em><em>\u00a0<\/em><em>personne ne remettrait en question si c\u2019\u00e9tait de la violence conjugale ou une agression sexuelle<\/em><em>\u00a0<\/em><em>\u00bb<\/em>, explique Mme\u00a0Moran.<\/p>\n<p><strong><span class=\"intertitre\">L\u2019autre in\u00e9galit\u00e9 sociale<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Ses yeux bleus bien plant\u00e9s dans ceux de son interlocuteur, elle regrette que le public soit si prompt \u00e0 s\u2019indigner des autres formes de violence et si peu de la prostitution\u00a0:<em>\u00ab<\/em><em>\u00a0<\/em><em>Nous en sommes arriv\u00e9s \u00e0 cette croyance ridicule que, puisque la violation sexuelle est \u201ccompens\u00e9e\u201d, c\u2019est correct. Nous sommes incapables de la voir pour ce qu\u2019elle est, et l\u2019argent ne l\u00e9gitime pourtant pas les autres formes de violence.<\/em><em>\u00a0<\/em><em>\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Et cette d\u00e9nonciation n\u2019est pas une question morale pour Mme\u00a0Kraus et Mme\u00a0Moran. Elle est plut\u00f4t un enjeu d\u2019\u00e9galit\u00e9 sociale. Devoir vendre son corps pour vivre est intimement li\u00e9 \u00e0 d\u2019autres formes de marginalisation, comme la race ou la situation \u00e9conomique, qui sont d\u00e9j\u00e0 des <em>\u00ab<\/em><em>\u00a0<\/em><em>d\u00e9savantages sociaux<\/em><em>\u00a0<\/em><em>\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Plusieurs \u00e9tudes ont \u00e9galement montr\u00e9 que l\u2019\u00e9crasante majorit\u00e9 des prostitu\u00e9es ont subi dans l\u2019enfance de la violence sexuelle ou physique ou encore une forme de n\u00e9gligence. Ingeborg Kraus parle donc quant \u00e0 elle de <em>\u00ab<\/em><em>\u00a0<\/em><em>prostitution de pauvret\u00e9<\/em><em>\u00a0<\/em><em>\u00bb et de \u00ab<\/em><em>\u00a0<\/em><em>manque de possibilit\u00e9s<\/em><em>\u00a0<\/em><em>\u00bb<\/em>, attaquant pour de bon le paradigme du \u00ab\u00a0libre-choix\u00a0\u00bb individuel.<\/p>\n<p>Une r\u00e9alit\u00e9 qui se v\u00e9rifie en Allemagne, o\u00f9 une forte proportion des 400\u00a0000 femmes prostitu\u00e9es provient des pays d\u2019Europe de l\u2019Est, surtout de la Roumanie et de la Bulgarie. <a href=\"https:\/\/ressourcesprostitution.wordpress.com\/2014\/09\/26\/prostitution-manifeste-des-traumatherapeutes-allemands%E2%80%8F\/\" target=\"_blank\">La prostitution y a \u00e9t\u00e9 totalement d\u00e9criminalis\u00e9e en 2002<\/a>, menant selon la Dre\u00a0Kraus \u00e0 une <em>\u00ab<\/em><em>\u00a0<\/em><em>banalisation totale<\/em><em>\u00a0<\/em><em>\u00bb<\/em>, qui a eu pour effet d\u2019augmenter le trafic humain \u00e0 des fins d\u2019exploitation sexuelle, rapporte la police f\u00e9d\u00e9rale allemande. Ce commerce \u00e9valu\u00e9 \u00e0 15\u00a0milliards d\u2019euros y est toujours sous le contr\u00f4le du crime organis\u00e9.<\/p>\n<p>La psychologue milite donc pour l\u2019adoption du \u00ab\u00a0mod\u00e8le nordique\u00a0\u00bb, \u00e0 l\u2019instar du Canada, qui l\u2019a adopt\u00e9 en 2014. <em>\u00ab<\/em><em>\u00a0<\/em><em>Une grande victoire<\/em><em>\u00a0<\/em><em>\u00bb<\/em> pour Rachel Moran, qui invite maintenant les hommes, dont la majorit\u00e9 ne consomme pas de sexe r\u00e9mun\u00e9r\u00e9, \u00e0 se manifester pour faire partie du virage.<\/p>\n<p>Article apparu le 19.10.2015 dans le journal LE DEVOIR:\u00a0<a href=\"http:\/\/www.ledevoir.com\/non-classe\/452908\/prostitution-des-sequelles-semblables-a-celles-du-syndrome-de-choc-post-traumatique\">LE DEVOIR<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La prostitution laisse des s\u00e9quelles semblables \u00e0 celles du choc post-traumatique, avancent une psychologue allemande et Rachel Moran, une Irlandaise qui a mis plus d\u2019une d\u00e9cennie \u00e0 se remettre de son propre champ de bataille, sept ans de prostitution durant l\u2019adolescence. 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