{"id":24,"date":"2015-01-21T23:36:44","date_gmt":"2015-01-21T21:36:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.trauma-and-prostitution.eu\/fr\/?p=24"},"modified":"2015-02-13T17:40:39","modified_gmt":"2015-02-13T15:40:39","slug":"la-dissociation-traumatique-et-les-troubles-de-la-personnalite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.trauma-and-prostitution.eu\/fr\/2015\/01\/21\/la-dissociation-traumatique-et-les-troubles-de-la-personnalite\/","title":{"rendered":"La dissociation traumatique et les troubles de la personnalit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><em>Dre Muriel Salmona<\/em><\/p>\n<div><\/div>\n<div>La violence est un formidable instrument de soumission et de dissociation, particuli\u00e8rement quand elle est terrorisante et qu&rsquo;elle plonge la victime dans un sc\u00e9nario insens\u00e9. Elle est \u00e0 l\u2019origine de troubles psychotraumatiques fr\u00e9quents et qui peuvent s\u2019installer de fa\u00e7on chronique, sous la forme de troubles de la personnalit\u00e9, par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019une m\u00e9moire traumatique et d\u2019une dissociation traumatique. M\u00e9moire traumatique des violences et dissociation vont coloniser les victimes et vont faire cohabiter chez elles plusieurs \u00ab personnalit\u00e9s \u00bb jusqu\u2019\u00e0 parfois les exproprier d\u2019elles-m\u00eames si aucune protection et prise en charge ne sont mises en place, ce qui malheureusement est le plus souvent le cas, les victimes de violences \u00e9tant dans leur immense majorit\u00e9 laiss\u00e9es \u00e0 l\u2019abandon (Salmona, 2008, 2012, 2013).<\/div>\n<div class=\"page\" title=\"Page 1\"><\/div>\n<div class=\"page\" title=\"Page 1\"><\/div>\n<div class=\"page\" title=\"Page 1\">\n<p><!--more--><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"page\" title=\"Page 1\">\n<div><\/div>\n<div><b>Neurobiologie de la dissociation<\/b><\/div>\n<div><b>\u00a0<\/b><\/div>\n<div>La violence, particuli\u00e8rement celle qui est la plus irrepr\u00e9sentable, celle qui s\u2019exerce sous couvert d\u2019amour, d\u2019\u00e9ducation, de sexualit\u00e9, comme les violences intra-familiales et sexuelles, (Salmona, 2013)\u00a0 a un effet de sid\u00e9ration du psychisme qui va paralyser la victime, l\u2019emp\u00eacher de r\u00e9agir de fa\u00e7on adapt\u00e9e, et emp\u00eacher le cortex c\u00e9r\u00e9bral de contr\u00f4ler l&rsquo;intensit\u00e9 de la r\u00e9action de stress et sa production d&rsquo;adr\u00e9naline et de cortisol. Un stress extr\u00eame, v\u00e9ritable temp\u00eate \u00e9motionnelle, envahit alors l&rsquo;organisme et &#8211; parce qu&rsquo;il repr\u00e9sente un risque vital pour l&rsquo;organisme par atteinte du c\u0153ur et du cerveau par l\u2019exc\u00e8s d\u2019adr\u00e9naline et de cortisol (Rauch, 2007) &#8211; d\u00e9clenche des m\u00e9canismes neurobiologiques de sauvegarde (Yehuda, 2007 ; Nemeroff, 2009) qui ont pour effet de faire disjoncter le circuit \u00e9motionnel, et d&rsquo;entra\u00eener une anesth\u00e9sie \u00e9motionnelle et physique en produisant des drogues dures morphine et k\u00e9tamine-like. L&rsquo;anesth\u00e9sie \u00e9motionnelle g\u00e9n\u00e8re un \u00e9tat dissociatif avec un sentiment d&rsquo;\u00e9tranget\u00e9, de d\u00e9connection et de d\u00e9personnalisation, comme si la victime devenait spectatrice de la situation puisqu&rsquo;elle la per\u00e7oit sans \u00e9motion. Mais cette disjonction isole la structure responsable des r\u00e9ponses sensorielles et \u00e9motionnelles (l&rsquo;amygdale c\u00e9r\u00e9brale) de l&rsquo;hippocampe (autre structure c\u00e9r\u00e9brale, sorte de logiciel qui g\u00e8re<\/div>\n<div>la m\u00e9moire et le rep\u00e9rage temporo-spatial, sans elle aucun souvenir ne peut \u00eatre m\u00e9moris\u00e9, ni rem\u00e9mor\u00e9, ni temporalis\u00e9). Et l&rsquo;hippocampe ne peut pas faire son travail d&rsquo;encodage et de stockage de la m\u00e9moire sensorielle et \u00e9motionnelle des violences, celle-ci reste pi\u00e9g\u00e9e dans l&rsquo;amygdale sans \u00eatre trait\u00e9e, ni transform\u00e9e en m\u00e9moire autobiographique. Elle va rester hors temps, non-consciente, \u00e0 l&rsquo;identique, susceptible d&rsquo;envahir le champ de la conscience et de refaire revivre la sc\u00e8ne violente de fa\u00e7on hallucinatoire, comme une machine \u00e0 remonter le temps, avec les m\u00eames sensations, les m\u00eames douleurs, les m\u00eames phrases entendues, les m\u00eames odeurs, les m\u00eames sentiments de d\u00e9tresse et de terreur (ce sont les flashbacks, les r\u00e9miniscences, les cauchemars, les attaques de panique\u2026). C&rsquo;est cette m\u00e9moire pi\u00e9g\u00e9e dans l\u2019amygdale qui n\u2019est pas devenue autobiographique qu&rsquo;on appelle la m\u00e9moire traumatique (Ledoux, 1997).<\/div>\n<div><\/div>\n<div><b>M\u00e9moire traumatique et \u00ab troubles de la personnalit\u00e9 \u00bb<\/b><\/div>\n<div><b>\u00a0<\/b><\/div>\n<div>La m\u00e9moire traumatique est au c\u0153ur de tous les troubles psychotraumatiques, et de nombreux \u00ab troubles de la personnalit\u00e9 \u00bb. Elle \u201cs\u2019allume\u201d aussit\u00f4t qu\u2019un lien, une situation, un affect ou une sensation rappellent les violences ou font craindre qu\u2019elles ne se reproduisent. Elle envahit alors tout l\u2019espace psychique de fa\u00e7on incontr\u00f4lable. Comme une \u201cbombe \u00e0 retardement\u201d, susceptible d\u2019exploser, souvent des mois, voire de nombreuses ann\u00e9es apr\u00e8s les violences, elle transforme la vie psychique en un terrain min\u00e9. Telle une \u201cbo\u00eete noire\u201d, elle contient non seulement le v\u00e9cu \u00e9motionnel, sensoriel et douloureux de la victime, mais \u00e9galement tout ce qui se rapporte aux faits de violences, \u00e0 leur contexte et \u00e0 l\u2019agresseur (ses mimiques, ses mises en sc\u00e8ne, sa haine, son excitation, ses cris, ses paroles, son odeur, etc.). Cette m\u00e9moire traumatique des actes violents et de l\u2019agresseur colonise la victime, et lui fera confondre ce qui vient d\u2019elle avec ce qui vient des violences subies ou de l\u2019agresseur. La m\u00e9moire traumatique sera souvent responsable, non seulement de sentiments de terreur, de d\u00e9tresse, de mort imminente, de douleurs, de sensations inexplicables, mais \u00e9galement de sentiments de honte, de culpabilit\u00e9 et d\u2019estime de soi catastrophique, qui seront aliment\u00e9s par la m\u00e9moire traumatique des paroles et de la mise en sc\u00e8ne de l\u2019agresseur [\u00ab\u00a0Tu ne vaux rien, tout est de ta faute, tu as bien m\u00e9rit\u00e9 \u00e7a,\u00a0tu aimes \u00e7a\u00bb, etc.] et aussi des \u00e9motions violentes et de l\u2019excitation perverse de l\u2019agresseur per\u00e7ues \u00e0 tort comme les siennes et qu\u2019il leur faudra sans cesse contr\u00f4ler, ce qui constituera une torture suppl\u00e9mentaire pour la victime (personnalit\u00e9 obsessionnelle). La victime n\u2019a alors que m\u00e9pris et haine pour elle-m\u00eame, et elle peut penser avec horreur qu\u2019elle a des fantasmes, une excitation et une jouissance perverse, alors que c\u2019est bien entendu faux, cela appartient \u00e0 l\u2019agresseur. Certaines victimes peuvent s\u2019identifier \u00e0 la m\u00e9moire traumatique provenant des agresseurs et de leur mises en sc\u00e8ne (Ferenczi, 1935) et d\u00e9velopper une \u00ab personnalit\u00e9 \u00bb antisociale, mais aussi narcissique, borderline, parano\u00efaque\u2026<\/div>\n<div><\/div>\n<div>Avec cette m\u00e9moire traumatique, les victimes peuvent se retrouver, contre leur gr\u00e9, dissoci\u00e9es, \u00e0 revivre sans cesse les pires instants de terreur, de douleur, de d\u00e9sespoir, comme une torture sans fin, avec des sensations soudaines d\u2019\u00eatre en grand danger, de panique totale, de mort imminente, d\u2019\u00eatre projet\u00e9s par terre, d\u2019\u00eatre \u00e9cras\u00e9s, frapp\u00e9s violemment, de perdre connaissance, d\u2019avoir la t\u00eate ou le corps qui explose, avec des suffocations, des naus\u00e9es, des douleurs g\u00e9nitales intenses. Elles ont peur d&rsquo;\u00eatre folles, et se sentent \u00e9trang\u00e8res aux autres et \u00e0 elles-m\u00eames. Avec ces sensations, les agresseurs restent \u00e9ternellement pr\u00e9sents, \u00e0 imposer aux victimes les m\u00eames actes atroces, les m\u00eames phrases assassines, la m\u00eame souffrance d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment induite, la m\u00eame jouissance perverse \u00e0 les d\u00e9truire et \u00e0 imposer leurs mises en sc\u00e8ne mystificatrices et d\u00e9gradantes, avec une haine, un m\u00e9pris, des injures et des propos qui ne les concernent en rien. Et plus les violences ont eu lieu t\u00f4t dans la vie des victimes, plus ces derni\u00e8res risqueront de se construire avec ces \u00e9motions, ces sensations de terreur, ces actes et ces propos pervers, \u00e0 devoir lutter contre eux sans les comprendre, et sans savoir o\u00f9 se trouve la ligne de d\u00e9marcation entre leur vraie personnalit\u00e9 et leur vraie sexualit\u00e9, et ce qui est d\u00fb \u00e0 leur m\u00e9moire traumatique.<\/div>\n<div><\/div>\n<div>La m\u00e9moire traumatique les hante (van der Hart, 2010), les dissocie, les exproprie et les emp\u00eache d\u2019\u00eatre elles-m\u00eames\u00a0; pire, elle leur fait croire qu\u2019elles sont doubles, triples, voire quintuples\u00a0: une personne normale (ce qu\u2019elles sont avec\u00a0leur vraie personnalit\u00e9, avec sa coh\u00e9rence, ses d\u00e9sirs, ses projets), une personne traumatis\u00e9e (la victime qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 au moment de la \/des agression-s, elles peuvent se retrouver \u00e0 \u00eatre le petit enfant terroris\u00e9, perdu, avec une angoisse d\u2019abandon massive), une personne absente, vide (celle qui est totalement d\u00e9connect\u00e9e pour sur-vivre, absente \u00e0 elle-m\u00eame, envahie par le n\u00e9ant), une moins-que-rien qui a peur de tout, et une coupable dont elles ont honte et qui m\u00e9rite la mort (ce que l\u2019agresseur a mis en sc\u00e8ne qu\u2019elles \u00e9taient et qu\u2019elles finissent par int\u00e9grer puisque cela tourne en boucle dans leur t\u00eate), une personne qui pourrait devenir violente et perverse et qu\u2019il faut sans cesse contr\u00f4ler, censurer (ce m\u00eame agresseur tellement pr\u00e9sent et envahissant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019elles-m\u00eames qu\u2019elles finissent par le confondre avec elles-m\u00eames, ce qui les terrorise)\u2026 Laissons la parole \u00e0 une victime : \u00ab\u00a0Je me prends constamment la t\u00eate, je doute de moi, de mes souvenirs, de ce que je suis\u2026 je me dis des choses atroces du genre \u00ab\u00a0je suis une perverse machiav\u00e9lique menteuse\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0tu es quelqu&rsquo;un de mauvais, de m\u00e9chant\u00a0\u00bb&#8230; J&rsquo;en ai assez de douter tout le temps de moi, de tout, d&rsquo;avoir peur. Je ne vis que dans la peur et cela m&rsquo;\u00e9puise\u00a0!\u00a0\u00bb<\/div>\n<div><\/div>\n<div>La vie peut devenir un enfer avec une sensation d\u2019ins\u00e9curit\u00e9, de peur et de guerre permanente. Il faut une vigilance de chaque instant pour \u00e9viter les situations qui risquent de faire exploser cette m\u00e9moire traumatique.\u00a0Des conduites d\u2019\u00e9vitement et de contr\u00f4le\u00a0de l\u2019environnement se mettent alors en place. Toute situation de stress est \u00e0 \u00e9viter, il est impossible de rel\u00e2cher sa vigilance, dormir devient extr\u00eamement difficile. Mais c\u2019est rarement suffisant, et pour \u00e9teindre \u00e0 tout prix une m\u00e9moire traumatique qui \u00ab s\u2019allume \u00bb ou pour pr\u00e9venir son allumage, les victimes d\u00e9couvrent tr\u00e8s t\u00f4t la possibilit\u00e9 de s\u2019anesth\u00e9sier \u00e9motionnellement gr\u00e2ce \u00e0 des conduites dissociantes (Salmona, 2008, 2012),\u00a0c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 des conduites qui augmentent brutalement le niveau de stress pour arriver co\u00fbte que co\u00fbte \u00e0 s\u00e9cr\u00e9ter suffisamment de drogues dures endog\u00e8nes (pour disjoncter malgr\u00e9 l\u2019accoutumance), ou des conduites qui renforcent l\u2019effet des drogues endog\u00e8nes gr\u00e2ce \u00e0 une consommation de drogues exog\u00e8nes (alcool, drogues, psychotropes \u00e0 hautes doses). Ces conduites dissociantes sont des conduites \u00e0 risques et de mises en danger\u00a0: sur la route ou dans le sport, mises en danger sexuelles, jeux dangereux, consommation de produits stup\u00e9fiants, violences contre soi-m\u00eame comme des auto-mutilations, violences contre autrui (l\u2019autre servant alors de fusible gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019imposition d\u2019un rapport de force pour disjoncter). Rapidement, ces conduites dissociantes deviennent de v\u00e9ritables addictions.\u00a0Ces conduites dissociantes sont incompr\u00e9hensibles et paraissent paradoxales \u00e0 tout le monde\u00a0(\u00e0 la victime, \u00e0 ses proches, aux professionnels) et sont \u00e0 l\u2019origine chez la victime de sentiments de culpabilit\u00e9 et d\u2019un rejet par leurs proches et, souvent, par les professionnels qui s\u2019en occupent.\u00a0Elles sont tr\u00e8s corr\u00e9l\u00e9es \u00e0 la pr\u00e9sence apparente d\u2019un trouble de la personnalit\u00e9, en particulier borderline.<\/div>\n<div>Chez les victimes, cette m\u00e9moire traumatique et ces conduites dissociantes vont parasiter compl\u00e8tement la perception de soi et mettre \u00e0 mal la sensation d&rsquo;\u00e9vidence et de coh\u00e9rence dont on a besoin pour vivre, tout va \u00eatre interrog\u00e9 et questionn\u00e9 sans fin. La m\u00e9moire traumatique fait qu&rsquo;on ne peut plus compter sur aucune logique, une situation r\u00e9put\u00e9e sans danger va d\u00e9clencher une attaque de panique, la personne que l&rsquo;on aime et en qui on a normalement confiance peut soudain nous ins\u00e9curiser totalement sans raison apparente, et on va ressentir le besoin de la fuir. Alors que l&rsquo;on se pense plut\u00f4t pacifique, on peut se retrouver d&rsquo;un seul coup envahi par des images hyperviolentes et par une rage effroyable, sans comprendre pourquoi. Alors que l&rsquo;on se per\u00e7oit comme profond\u00e9ment romantique et fleur bleue, des images sexuelles tr\u00e8s crues et violentes vont s\u2019imposer dans nos pens\u00e9es et l\u2019on va ressentir une sensation d&rsquo;excitation devant des images pornographiques bien que l&rsquo;on d\u00e9teste cela, si l\u2019on a subi des violences sexuelles. Alors que l&rsquo;on aime plus que tout son enfant, on va \u00eatre envahi de fa\u00e7on inexplicable et tr\u00e8s angoissante par des images de violences extr\u00eames o\u00f9 l&rsquo;on se voit tuer son enfant, lui faire mal, le menacer, le jeter par la fen\u00eatre, le violer. Alors que l&rsquo;on se croit courageux et tr\u00e8s cart\u00e9sien, on va se retrouver \u00e0 avoir des peurs inexplicables comme un tout petit enfant, \u00e0 se sentir hypervuln\u00e9rable dans des situations banales, \u00e0 avoir un trac terrifiant pour un rien, \u00e0 \u00eatre p\u00e9trifi\u00e9 devant un probl\u00e8me tout simple. Alors que l&rsquo;on voudrait \u00eatre toujours gentil, on se retrouve \u00e0 s&rsquo;\u00e9nerver horriblement pour un rien, pour une petite frustration, et \u00e0 prof\u00e9rer des injures qui ne font normalement pas partie de son vocabulaire. Alors que l&rsquo;on se croit heureux, bien dans sa t\u00eate, une immense d\u00e9pression peut s&rsquo;abattre brutalement sur nous, avec des id\u00e9es suicidaires et une impossibilit\u00e9 \u00e0 se projeter dans l&rsquo;avenir imm\u00e9diat, avec l&rsquo;impression que tout est fini pour toujours, bien que rien ne semble expliquer cet \u00e9tat. Alors que l&rsquo;on se croit sain d&rsquo;esprit, on se retrouve \u00e0 voir soudain des monstres, des ombres mena\u00e7antes, \u00e0 entendre des voix, \u00e0 sentir des objets nous p\u00e9n\u00e9trer le corps, \u00e0 avoir un sentiment de n\u00e9antisation. Alors que l&rsquo;on aime bien manger, on se retrouve \u00e0 avoir un d\u00e9go\u00fbt soudain, des naus\u00e9es. Alors que l&rsquo;on se sait en bonne sant\u00e9, on se retrouve soudain avec des douleurs fulgurantes sans causes apparentes, et des sensations de grands malaises et une impression de mort imminente.<\/div>\n<div><\/div>\n<div>Tout cela met ces victimes dans une situation d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 totale, elles ne peuvent compter sur rien, m\u00eame si tout semble parfaitement calme, le pire peut arriver avec une attaque de panique et des id\u00e9es terribles dans la t\u00eate. Tout peut basculer, \u00ab\u00a0switcher\u00a0\u00bb d&rsquo;un moment \u00e0 l&rsquo;autre. Tout peut devenir mena\u00e7ant. Elles se ressentent diff\u00e9rentes des autres, incapables d&rsquo;avancer normalement dans la vie, de tenir un cap. Elles se sentent instables, difficiles \u00e0 vivre. Elles se retrouvent \u00e0 devoir mettre en place des strat\u00e9gies d&rsquo;\u00e9vitement, de contr\u00f4le, \u00e0 devoir renoncer \u00e0 plein de situations, \u00e0 plein de projets. Elles d\u00e9veloppent une pi\u00e8tre image d\u2019elles-m\u00eames, elles ont honte d\u2019elles-m\u00eames, honte de ce qu&rsquo;elles ont dans la t\u00eate, honte de ce qu&rsquo;elles n\u2019arrivent pas \u00e0 faire, honte de ne pas \u00eatre celle qu\u2019elles voudraient, de ne pas \u00eatre comme les autres. Elles se sentent coupables, et se retrouvent \u00e0 se torturer et \u00e0 se contr\u00f4ler en permanence.<\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div><b>Dissociation, \u00ab trouble de la personnalit\u00e9 \u00bb et sentiment d\u2019\u00e9tranget\u00e9<\/b><\/div>\n<div><b>\u00a0<\/b><\/div>\n<div>Les sympt\u00f4mes dissociatifs s&rsquo;accompagneront aussi de sentiments d&rsquo;irr\u00e9alit\u00e9, de confusion, de d\u00e9personnalisation, avec la sensation d&rsquo;\u00eatre spectateur de sa vie, d&rsquo;\u00eatre toujours \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements, et d&rsquo;\u00eatre totalement inadapt\u00e9 dans sa relation aux autres. De plus, une anesth\u00e9sie \u00e9motionnelle et physique s&rsquo;installera parall\u00e8lement aux sympt\u00f4mes dissociatifs, ce qui aggravera encore la sensation de d\u00e9calage dans les relations avec les autres. Cette anesth\u00e9sie \u00e9motionnelle et la d\u00e9personnalisation qui l&rsquo;accompagneront donneront \u00e0 la victime un sentiment d&rsquo;inauthenticit\u00e9, elle aura l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre en repr\u00e9sentation.<\/div>\n<div><\/div>\n<div>Pour une victime souffrant d\u2019une m\u00e9moire traumatique qui s&rsquo;allume souvent, avec de nombreux \u00e9pisodes de dissociation, il devient rapidement impossible d&rsquo;\u00eatre dans le ton juste et c&rsquo;est excessivement douloureux et p\u00e9nible. Elle se retrouve \u00e0 s&rsquo;observer parler, dans une distance continuelle avec elle-m\u00eame. Comme il n&rsquo;y a aucune r\u00e9action naturelle possible, cela l&rsquo;oblige \u00e0 \u00ab\u00a0inventer\u00a0\u00bb une posture, une r\u00e9action, un \u00e9tat \u00e9motionnel et \u00e0 les jouer comme un acteur avec toujours le risque de sur-jouer, d&rsquo;\u00eatre excessive, dans l&rsquo;histrionisme, ou de sous-jouer, d&rsquo;\u00eatre trop froide, pas assez r\u00e9active, trop d\u00e9connect\u00e9e. La solution peut \u00eatre de se caler sur les autres, de les observer puis de les imiter pour arriver \u00e0 \u00eatre \u00e0 peu pr\u00e8s en phase. Pour ne pas se retrouver \u00e0 jouer tout le temps les cam\u00e9l\u00e9ons, comme Woody Allen dans le film <i>Zelig<\/i>, il faut se cr\u00e9er un r\u00f4le qui tienne la route malgr\u00e9 les effets de la dissociation et jouer la personne que l&rsquo;on pense devoir \u00eatre, ou la personne que nos interlocuteurs d\u00e9sirent trouver en face d&rsquo;eux, en mod\u00e9lisant un personnage qui se met parfois \u00e0 avoir une vie propre, avec sa coh\u00e9rence, son histoire. Mais ce personnage peut correspondre de moins en moins \u00e0 la victime et \u00e0 son histoire, ce qui peut entra\u00eener une succession de mensonges \u00ab\u00a0logiques\u00a0\u00bb, avec la certitude d&rsquo;\u00eatre dans une totale imposture, d&rsquo;\u00eatre une faussaire. Ces sympt\u00f4mes dissociatifs sont donc \u00e0 l&rsquo;origine d&rsquo;une grande difficult\u00e9 \u00e0 maintenir un semblant d&rsquo;unit\u00e9, et donnent l&rsquo;impression de n&rsquo;avoir aucune personnalit\u00e9 stable (personnalit\u00e9 \u00ab\u00a0as if\u00a0\u00bb), seulement des personnalit\u00e9s d&#8217;emprunt. Derri\u00e8re tout ce jeu de sc\u00e8ne se cache une sensation de vide int\u00e9rieur et un d\u00e9sespoir terrible.<\/div>\n<div><\/div>\n<div>Les enfants et les adolescents traumatis\u00e9s, devant leur incapacit\u00e9 \u00e0 nouer des relations normales avec les autres, d\u00e9veloppent souvent une seconde vie imaginaire dont ils ne parlent \u00e0 personne, dans laquelle ils s\u2019absorbent parfois presque totalement, avec des parents, des amis, un partenaire, un animal virtuels qui ont chacun une vie et une personnalit\u00e9 propres, avec un sc\u00e9nario complexe beaucoup plus riche en \u00e9v\u00e9nements que leur vie r\u00e9elle. Parfois, ils donnent vie et paroles \u00e0 une poup\u00e9e ou une peluche, ou la parole \u00e0 un animal. Ces enfants donnent l\u2019impression d\u2019\u00eatre toujours ailleurs, d\u2019\u00eatre absents.<\/div>\n<div><\/div>\n<div><b>Dissociation et \u00ab troubles de la personnalit\u00e9 \u00bb chez les prostitu\u00e9es<\/b><\/div>\n<div><b>\u00a0<\/b><\/div>\n<div>L&rsquo;anesth\u00e9sie \u00e9motionnelle est dangereuse, elle coupe la victime non seuleument de ses \u00e9motions spontan\u00e9es, mais \u00e9galement de ses sensations corporelles, et ne lui permet pas de r\u00e9agir comme il faudrait face \u00e0 une situation \u00e0 risque. Elle peut se retrouver \u00e0 supporter sans r\u00e9action des violences graves, des abus de pouvoir, \u00e0 supporter l&rsquo;insupportable, \u00e0 supporter de se sentir tr\u00e8s mal \u00e0 l&rsquo;aise face \u00e0 des pr\u00e9dateurs, face \u00e0 des personnes perverses, malsaines, d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9es ou dangereuses : \u00ab\u00a0m\u00eame pas mal !\u00a0\u00bb. Elle peut se retrouver \u00e0 \u00eatre la seule personne qui accepte une proposition tr\u00e8s anormale, la seule \u00e0 supporter de graves avanies, et des douleurs intenses avec un grand sourire accroch\u00e9 en permanence. C&rsquo;est le cas des prostitu\u00e9es qui ont presque toutes une dissociation et une anesth\u00e9sie \u00e9motionnelle et physique importantes, et qui de ce fait ressentent peu de d\u00e9go\u00fbt, de rejet, et de douleur lors des rapports sexuels impos\u00e9s par la situation prostitutionnelle.<\/div>\n<div><\/div>\n<div>En raison de ces troubles dissociatifs et de cette anesth\u00e9sie \u00e9motionnelle, des mises en danger tr\u00e8s graves peuvent avoir lieu et des atteintes physiques peuvent se d\u00e9velopper dans une indiff\u00e9rence et une anosognosie (m\u00e9connaissance de son \u00e9tat) de la victime, mais \u00e9galement de tout ceux qui l&rsquo;entourent, puisque le processus d&#8217;empathie est mis \u00e0 mal par l&rsquo;anesth\u00e9sie \u00e9motionnelle. Le Dr Trinquart, qui a \u00e9tudi\u00e9 les cons\u00e9quences des rapports sexuels r\u00e9p\u00e9t\u00e9s non d\u00e9sir\u00e9s chez les prostitu\u00e9s, tr\u00e8s souvent accompagn\u00e9s de violences, d\u00e9crit dans le cadre de cette dissociation ce qu\u2019elle nomme une d\u00e9corporalisation ou un d\u00e9sinvestissement corporel, la perte de propri\u00e9t\u00e9 de son propre corps (Trinquart, 2002).<\/div>\n<div><\/div>\n<div><b>Dissociation et troubles de la personnalit\u00e9 chez les personnes sans domicile fixe<\/b><\/div>\n<div><b>\u00a0<\/b><\/div>\n<div>De m\u00eame, les personnes sans domicile fixe d\u00e9veloppent aussi une certaine indiff\u00e9rence \u00e0 leur condition, \u00e0 la douleur, au mal-\u00eatre, au froid, aux conditions de vie extr\u00eames, indiff\u00e9rence qui leur est renvoy\u00e9e en miroir par le monde ext\u00e9rieur. On peut en arriver \u00e0 la situation extr\u00eame de ceux que l&rsquo;on appelait les \u00ab\u00a0musulmans\u00a0\u00bb dans les camps de concentration, et surtout d&rsquo;extermination comme Auschwitz. Ils semblaient d\u00e9j\u00e0 morts, indiff\u00e9rents \u00e0 tout, enti\u00e8rement d\u00e9connect\u00e9s de ce qui les entourait, ils \u00e9taient au stade ultime de l&rsquo;\u00e9tat de stress post-traumatique et de la dissociation compl\u00e8te qui pr\u00e9c\u00e8de la mort. Mais sans aller jusque-l\u00e0, des victimes traumatis\u00e9es d\u00e9bord\u00e9es continuellement par une souffrance intol\u00e9rable peuvent se retrouver, avec une consommation de psychotropes, de drogues ou d&rsquo;alcool, dans un \u00e9tat de dissociation quasi-permanent, une sorte de coma vigile, qui les anesth\u00e9sient et les rendent indiff\u00e9rentes \u00e0 tout.<\/div>\n<div><\/div>\n<div><b>Dissociation et risques de r\u00e9p\u00e9tition traumatique<\/b><\/div>\n<div><b>\u00a0<\/b><\/div>\n<div>Quand les violences sont continues, ou quand la victime est continuellement confront\u00e9e \u00e0 l\u2019agresseur (comme lors d\u2019un inceste, de maltraitance intra-familiale ou de violences conjugales), les sympt\u00f4mes dissociatifs peuvent s&rsquo;installer de fa\u00e7on permanente, seule fa\u00e7on de pouvoir survivre dans des conditions extr\u00eames. La victime de violence se retrouve alors la plupart du temps d\u00e9connect\u00e9e, \u00ab\u00a0\u00e0 l&rsquo;ouest\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0absente\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0dans les nuages\u00a0\u00bb, perdue, d\u00e9sorient\u00e9e, dans un \u00e9tat parfois stuporeux qui peut donner l&rsquo;impression qu&rsquo;elle est limit\u00e9e intellectuellement, puisqu&rsquo;elle est ar\u00e9active, incapable de se concentrer et d&rsquo;\u00eatre attentive \u00e0 ce qui se passe autour d&rsquo;elle. Les enfants victimes de maltraitance physiques ou sexuelles graves sont souvent dissoci\u00e9s en permanence et pouvant \u00eatre \u00e0 tort consid\u00e9r\u00e9s comme d\u00e9ficients.<\/div>\n<div><\/div>\n<div>Cette absence de r\u00e9action et cette anesth\u00e9sie \u00e9motionnelle permanente mettent les victimes encore plus en danger de subir des maltraitances et d&rsquo;\u00eatre abandonn\u00e9es, l&rsquo;absence d&rsquo;\u00e9motions fait que l&#8217;empathie en miroir peut ne pas fonctionner du tout (Favre, 2005). Face \u00e0 ces victimes dissoci\u00e9es, personne ne ressent spontan\u00e9ment d&rsquo;\u00e9motion, ni n&rsquo;a peur pour elles. Elles seront facilement oubli\u00e9es. Comme elles ne vont pas r\u00e9agir face \u00e0 des violences, les agresseurs auront encore moins de limites, les violences seront encore plus r\u00e9p\u00e9t\u00e9es. Ces victimes seront souvent des boucs \u00e9missaires dans leur classe, dans les institutons, au travail. Elles pourront \u00eatre les victimes de viols en r\u00e9unions r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, ou d&rsquo;autant plus facilement pi\u00e9g\u00e9es dans des r\u00e9seaux de prostitution.<\/div>\n<div><\/div>\n<div>Les victimes dissoci\u00e9es sont des proies de choix pour les pr\u00e9dateurs. La confusion, la d\u00e9sorientation li\u00e9es aux sympt\u00f4mes dissociatifs, entra\u00eenent des troubles cognitifs et des doutes continuels sur ce qui est per\u00e7u, entendu, sur ce qu&rsquo;on a dit et sur ce qu&rsquo;on a compris. Elles rendent la victime vuln\u00e9rable, et la mettent en grande difficult\u00e9 pour d\u00e9fendre ses convictions et ses volont\u00e9s. Les victimes dissoci\u00e9es sont facilement influen\u00e7ables et \u00ab\u00a0hypnotisables\u00a0\u00bb. Elles fonctionnent souvent sur un mode automatique, pr\u00e9programm\u00e9. Elles n&rsquo;ont aucune confiance en elles, et elles se retrouvent bien malgr\u00e9 elles \u00e0 c\u00e9der aux d\u00e9sirs d&rsquo;autrui quand on fait pression sur elles. Le risque est grand qu\u2019elles deviennent des victimes de choix pour des agresseurs \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt. Plus l&rsquo;interlocuteur est dangereux, plus il r\u00e9veillera chez la victime qu&rsquo;il s&rsquo;est choisie, une m\u00e9moire traumatique et une dissociation par des attitudes et des paroles d\u00e9plac\u00e9es ou incongrues, par une mise en sc\u00e8ne de domination, et la mettra dans un \u00e9tat hypno\u00efde qui la rendra incapable de penser, de se d\u00e9fendre.<\/div>\n<div><\/div>\n<div>Elle seront \u00ab\u00a0en panne\u00a0\u00bb, embrouill\u00e9es, totalement confuses et donc tr\u00e8s vuln\u00e9rables face \u00e0 des agresseurs. Cet \u00e9tat d&rsquo;incapacit\u00e9, les victimes le penseront d\u00fb \u00e0 leur stupidit\u00e9, \u00e0 leur inf\u00e9riorit\u00e9 ou \u00e0 leur timidit\u00e9 maladive, alors qu&rsquo;il est directement li\u00e9 au d\u00e9clenchement de m\u00e9canismes de sauvegarde face au danger que repr\u00e9sente l\u2019interlocuteur. M\u00e9canismes qui pourraient \u00eatre une bonne sonnette d&rsquo;alarme, si les victimes en \u00e9taient inform\u00e9es. Mais au lieu de cela, cette situation de danger sera interpr\u00e9t\u00e9e \u00e0 l&rsquo;avantage de l&rsquo;interlocuteur pervers. Il sera souvent per\u00e7u par les victimes \u00ab\u00a0hypnotis\u00e9es\u00a0\u00bb comme quelqu&rsquo;un de sup\u00e9rieur et d&rsquo;important, de beaucoup plus intelligent qu&rsquo;elles, voire comme quelqu&rsquo;un de fascinant, quelqu&rsquo;un dont elles pourraient m\u00eame se croire \u00ab amoureuses \u00bb, du fait de ces m\u00e9canismes de disssociation.<\/div>\n<div><\/div>\n<div>La dissociation traumatique repr\u00e9sente un risque de banalisation des violences. \u00c0 distance des \u00e9v\u00e9nements traumatisants, les sympt\u00f4mes dissociatifs feront que les violences, si elles sont mesur\u00e9es \u00e0 l&rsquo;aune d&rsquo;une \u00e9chelle \u00e9motionnelle, ne para\u00eetront pas si graves \u00e0 certaines victimes. Les violences pourront alors \u00eatre banalis\u00e9es, voire valoris\u00e9es comme souvent les violences \u00e9ducatives\u00a0: \u00ab\u00a0une bonne racl\u00e9e n&rsquo;a jamais fait de mal \u00e0 personne\u00a0\u00bb. L&rsquo;angoisse et la d\u00e9tresse de d\u00e9part, ressenties au d\u00e9but des violences, ont \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9es et remplac\u00e9es par le souvenir de la dissociation et de l&rsquo;anesth\u00e9sie \u00e9motionnelle qui ont suivi la disjonction. Souvent lors d&rsquo;un premier entretien psychoth\u00e9rapique, lorsque l&rsquo;on demande \u00e0 un patient qui vient avec une grande souffrance et de nombreux sympt\u00f4mes anxio-d\u00e9pressifs \u00ab\u00a0comment votre enfance s&rsquo;est-elle pass\u00e9e ?\u00a0\u00bb, le patient r\u00e9pond \u00ab\u00a0sans probl\u00e8me\u00a0\u00bb, ou m\u00eame il peut nous dire \u00ab\u00a0tr\u00e8s bien, c&rsquo;\u00e9tait une enfance de r\u00eave, tr\u00e8s heureuse\u00a0\u00bb, et on apprendra par la suite un pass\u00e9 de grande maltraitance avec des violences physiques et\/ou sexuelles, et de graves n\u00e9gligences. Le patient ne voulait pas nous cacher des faits, il ne les avait pas non plus oubli\u00e9s, mais la gravit\u00e9 de ces faits \u00e9tait ressentie en fonction de ses souvenirs \u00e9motionnels, l&rsquo;anesth\u00e9sie \u00e9tant prise pour argent comptant. Tout ce qu&rsquo;il avait pu vivre lui paraissait banal, pas si grave, sans cons\u00e9quence. Et aucun lien ne pouvait \u00eatre fait entre son mal-\u00eatre d&rsquo;adulte et son calvaire d&rsquo;enfant.<\/div>\n<div><\/div>\n<div><b>La dissociation et son r\u00f4le dans les violences institutionnelles<\/b><\/div>\n<div><b>\u00a0<\/b><\/div>\n<div>L\u2019anesth\u00e9sie \u00e9motionnelle li\u00e9 \u00e0 la dissociation traumatique reste un ph\u00e9nom\u00e8ne m\u00e9connu des victimes comme de beaucoup de professionnels charg\u00e9s de les prendre en charge. Face aux femmes victimes de violences conjugales, face aux jeunes victimes de violences sexuelles, les professionnels du secteur m\u00e9dico-social, les policiers ou les gendarmes se trouvent confront\u00e9s avec malaise \u00e0 des discours discordants de la part de certaines victimes dissoci\u00e9es qui racontent avec d\u00e9tachement les violences graves qu&rsquo;elles subissent, en essayant de nous convaincre qu&rsquo;elles en ont l&rsquo;habitude et qu&rsquo;elles peuvent bien continuer \u00e0 supporter cette situation. Elles sont solides, rien ne les atteint, nous assurent-elles. Parfois m\u00eame, des victimes de violences conjugales nous affirment que ce ne sera pas grave si elles sont tu\u00e9es. En revanche, la majorit\u00e9 consid\u00e9re que pour leurs enfants ce n&rsquo;est pas la m\u00eame chose, que l\u00e0 c&rsquo;est grave, et qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas \u00e0 subir cela. D&rsquo;autres seront tout aussi anesth\u00e9si\u00e9es pour leurs enfants que pour elles-m\u00eames, incapables de ressentir le danger, de se rendre compte \u00e0 quel point les enfants peuvent \u00eatre perturb\u00e9s, en ne se fiant qu&rsquo;\u00e0 leur r\u00e9actions \u00e9motionnelles anesth\u00e9si\u00e9es pour juger de la situation. En tant que proches ou professionnels ils ne faut pas se m\u00e9prendre sur l&rsquo;apparente \u00ab\u00a0bonne r\u00e9action\u00a0\u00bb des victimes, celles qui semblent les moins touch\u00e9es, les moins perturb\u00e9es, les plus calmes, les moins angoiss\u00e9es, ne sont pas forc\u00e9ment celles qui ont le moins de cons\u00e9quences psychotraumatiques\u00a0: elles peuvent \u00eatre dans un profond \u00e9tat de dissociation et d&rsquo;anesth\u00e9sie \u00e9motionnelle et avoir encore plus besoin de soins. Les professionnels doivent en \u00eatre avertis.<\/div>\n<div>En miroir, les proches ou les professionnels, peuvent \u00e9galement ne rien ressentir \u00e9motionnellement face \u00e0 des situations pourtant dramatiques, le processus empathique \u00e9tant en panne du fait de l&rsquo;anesth\u00e9sie \u00e9motionnelle de la victime. Ce n&rsquo;est souvent qu&rsquo;intellectuellement, parce qu&rsquo;ils sont conscients de ce ph\u00e9nom\u00e8ne, qu&rsquo;ils pourront reconstruire des \u00e9motions ad\u00e9quates pour bien prendre en charge ces victimes. De plus, en fonction de leur pass\u00e9 traumatique, certains professionnels peuvent se dissocier en \u00e9coutant des r\u00e9cits de violences qui, par association avec des \u00e9v\u00e9nements de leur pass\u00e9 re-d\u00e9clenchent leur m\u00e9moire traumatique. Dans certains cas, les violences subies par les victimes sont tellement inou\u00efes et atroces, que le r\u00e9cit en est directement traumatisant. Si les professionnels\u00a0 ne sont pas conscients de ces risques, s&rsquo;ils n&rsquo;ont pas une bonne connaissance de leur pass\u00e9 traumatique et des r\u00e9percussions qu&rsquo;il peut avoir sur leur capacit\u00e9 relationnelle et professionnelle, s&rsquo;ils n&rsquo;ont pas d\u00e9velopp\u00e9 une capacit\u00e9 \u00e0 identifier puis \u00e0 moduler ou \u00e9teindre leur r\u00e9ponse \u00e9motionnelle, ils peuvent d\u00e9compenser et \u00eatre eux-m\u00eame traumatis\u00e9s (traumatisme vicariant), ils peuvent \u00e9galement avoir des r\u00e9actions tout \u00e0 fait inadapt\u00e9es qui peuvent \u00eatre maltraitantes, dangereuses et m\u00eame s&rsquo;apparenter \u00e0 une non-assistance \u00e0 personne en danger. Ils sont alors envahis, devant ces victimes de violences, par des angoisses non ma\u00eetris\u00e9es, une irritabilit\u00e9, voire une agressivit\u00e9, avec un manque d&#8217;empathie et de bienveillance, ils rejettent la victime, ou bien ils r\u00e9agissent par de la confusion voire de la sid\u00e9ration, et m\u00eame par une banalisation des faits de violences (avec des commentaires malheureusement fr\u00e9quents tels que\u00a0: \u00ab\u00a0ce n&rsquo;est pas si grave ! \u00bb, \u00ab ce sont des jeux d&rsquo;enfants\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0il ne s&rsquo;est pas rendu compte\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0vous avez d\u00fb mal comprendre\u00a0\u00bb, etc.), ou par de l&rsquo;indiff\u00e9rence (li\u00e9s \u00e0 la dissociation et \u00e0 l&rsquo;anesth\u00e9sie \u00e9motionnelle). Ces situations aboutissent souvent \u00e0 une absence de reconnaissance et d&rsquo;identification des violences et du danger couru par la victime, qui ne seront pas d\u00e9nonc\u00e9s ni pris en charge. Et ces professionnels cens\u00e9s accompagner, prot\u00e9ger et soigner la victime, vont l\u2019abandonner et parfois lui faire subir de nouvelles violences. Les risques de maltraitances institutionnelles sont particuli\u00e8rement importants pour des enfants traumatis\u00e9s, les personnes handicap\u00e9es et les personnes \u00e2g\u00e9es ayant des ant\u00e9c\u00e9dents de maltraitance et de violences sexuelles dans leur pass\u00e9.<\/div>\n<div><\/div>\n<div><b>La dissociation et les troubles de la personnalit\u00e9 chez les personnes \u00e2g\u00e9es<\/b><\/div>\n<div><b>\u00a0<\/b><\/div>\n<div>En effet, quand elles deviennent \u00e2g\u00e9es (ou lors de lourds handicaps), les victimes de violences sexuelles vont se retrouver en grande difficult\u00e9 pour g\u00e9rer leur m\u00e9moire traumatique. Les situations de d\u00e9pendance, la perte d\u2019autonomie et d\u2019intimit\u00e9, les troubles cognitifs, les pertes de rep\u00e8res et les grands changements (d\u00e9c\u00e8s du conjoint, hospitalisation, placement) vont \u00e0 la fois bouleverser et emp\u00eacher les strat\u00e9gies de survie habituelles, et repr\u00e9senter un risque important d\u2019allumage de la m\u00e9moire traumatique. La m\u00e9moire traumatique peut devenir envahissante (particuli\u00e8rement lors des soins corporels) et impossible \u00e0 contr\u00f4ler, les personnes \u00e2g\u00e9es peuvent alors vivre de nombreuses situations comme des agressions en s\u2019y opposant avec des attaques de panique, des crises d\u2019agitation, des \u00e9tats dissociatifs, des pertes de rep\u00e8res temporo-spatiaux. La m\u00e9moire traumatique va prendre la forme d\u2019hallucinations visuelles, auditives et cenesth\u00e9siques. Pour tenter d\u2019anesth\u00e9sier \u00e9motionnellement cette m\u00e9moire traumatique intol\u00e9rable, replonger dans le sc\u00e9nario des violences et le reproduire en tant que victime ou agresseur sont des conduites dissociantes efficaces pour faire disjoncter le circuit \u00e9motionnel. Les personnes \u00e2g\u00e9es peuvent alors d\u00e9velopper des \u00abd\u00e9lires\u00bb de pers\u00e9cution et mettre en sc\u00e8ne les violences subies et des \u00abpseudo d\u00e9mences\u00bb avec des alt\u00e9ration cognitives. Elles peuvent \u00e9galement s\u2019auto-agresser et se mettre en danger, ou devenir violentes vis-\u00e0-vis d\u2019autrui en tenant des propos violents et obsc\u00e8nes accompagn\u00e9s ou non de passages \u00e0 l\u2019acte agressifs.<\/div>\n<div><\/div>\n<div><b>La dissociation dans les \u00ab troubles de la personnalit\u00e9 \u00bb chez les agresseurs<\/b><\/div>\n<div><b>\u00a0<\/b><\/div>\n<div>Les agresseurs sont \u00e9galement aux prises avec une dissociation et une anesth\u00e9sie \u00e9motionnelle, mais ils vont utiliser ces sympt\u00f4mes tr\u00e8s diff\u00e9remment, comme des \u00ab\u00a0atouts\u00a0\u00bb, au service de leur int\u00e9r\u00eat et de leur domination. La violence est pour l\u2019agresseur une drogue anesth\u00e9siante et il instrumentalise les victimes dans le but d\u2019obtenir une anesth\u00e9sie \u00e9motionnelle. Cette anesth\u00e9sie \u00e9motionnelle va \u00eatre ensuite utilis\u00e9e comme outil de pr\u00e9dation. Elle leur permet de mettre intentionnellement en sc\u00e8ne des personnages tr\u00e8s efficaces pour tromper leurs victimes et leurs proches, dans un jeu subtil et convaincant, ils se transforment au gr\u00e9 des n\u00e9cessit\u00e9s : d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, en voisin aimable, en professionnel impressionnant, en p\u00e8re id\u00e9al, et, de l\u2019autre, en dictateur impitoyable, monstre implacable, grand pervers sexuel, fou furieux, etc.; ou bien : en amie parfaite, en professionnelle tellement d\u00e9vou\u00e9e, en m\u00e8re admirable c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u00a0rue\u00a0\u00bb, pour la vitrine, et, d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, en une femme sans scrupules, sans piti\u00e9, qui n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 manipuler, trahir, agresser, maltraiter ses enfants. Toutes ces mises en sc\u00e8ne sont des mensonges, les victimes seront totalement d\u00e9sorient\u00e9es par ces allers-retours entre la personne la plus gentille qui soit \u00e0 certains moments, et la personne la plus horrible qui soit \u00e0 d&rsquo;autres moments. L&rsquo;anesth\u00e9sie \u00e9motionnelle rend l&rsquo;instrumentalisation d&rsquo;autrui et les agressions beaucoup plus faciles pour ces agresseurs, car il n\u2019y a aucun risque de d\u00e9go\u00fbt ou de culpabilit\u00e9 face aux violences, ni de compassion ou d\u2019empathie encombrantes face aux victimes, tous facteurs qui pourraient limiter les violences. L&rsquo;agresseur est insensibilis\u00e9, il peut agir sans entrave. De m\u00eame, la pr\u00e9paration minutieuse, parfois tr\u00e8s \u00e0 l&rsquo;avance, des passages \u00e0 l&rsquo;acte violents est-elle d\u00e9j\u00e0 en soi g\u00e9n\u00e9ratrice de disjonction, de dissociation et d\u2019une anesth\u00e9sie \u00e9motionnelle qui facilitera la r\u00e9alisation des agressions (c&rsquo;est particuli\u00e8rement vrai pour les tueurs et les violeurs en s\u00e9rie). Cela explique que m\u00eame apr\u00e8s des actes extr\u00eamement graves, violents et r\u00e9p\u00e9t\u00e9s dans la dur\u00e9e, comme lors de guerres ou de violences d&rsquo;\u00c9tat, associ\u00e9s \u00e0 des actes de barbarie, des viols syst\u00e9matiques, des tortures, des massacres ou des g\u00e9nocides, les grands criminels de guerre, les tortionnaires continuent \u00e0 n&rsquo;avoir aucun remord et \u00e0 ne pas se sentir coupables des ann\u00e9es, voire des dizaines d&rsquo;ann\u00e9es apr\u00e8s les faits. Ils ont dans la t\u00eate suffisamment d&rsquo;atrocit\u00e9s en r\u00e9serve pour alimenter une disjonction et une anesth\u00e9sie \u00e9motionnelle en continu.<\/div>\n<div><\/div>\n<div><b>Prise en charge de la dissociation dans les troubles de la personnalit\u00e9<\/b><\/div>\n<div><b>\u00a0<\/b><\/div>\n<div>Le d\u00e9pistage syst\u00e9matiques des violences chez les patients, l\u2019identificaion des troubles psychotraumatiques, le rep\u00e9rage des expressions de la m\u00e9moire traumatique et des troubles dissociatifs sont essentiels pour prendre en charge les victimes de violences de fa\u00e7on adapt\u00e9e et efficace. De nombreuses prises en charges psychoth\u00e9rapiques et \u00e0 m\u00e9diation corporelle seront efficaces, \u00e0 condition qu\u2019elles soient centr\u00e9es sur les violences et sur un travail de d\u00e9samor\u00e7age de la m\u00e9moire traumatique, de re-connexion corporelle, de re-corporalisation pour que les personnes traumatis\u00e9es retrouvent un fonctionnement psychique, une vie \u00e9motionnelle et relationnelle, un sch\u00e9ma corporel lib\u00e9r\u00e9s des violences, des souffrances, et des mises en sc\u00e8ne des agresseurs, pour qu\u2019elles puissent se r\u00e9-investir, r\u00e9-habiter leur pens\u00e9e, leurs \u00e9motions et leur corps.<\/div>\n<div><\/div>\n<div>Le but de la prise en charge psychoth\u00e9rapique est de ne jamais renoncer \u00e0 tout comprendre, ni \u00e0 redonner du sens. Tout sympt\u00f4me, tout cauchemar, tout comportement qui n\u2019est pas reconnu comme coh\u00e9rent avec ce que l\u2019on est fondamentalement, toute pens\u00e9e, r\u00e9action, sensation incongrue doivent \u00eatre diss\u00e9qu\u00e9s pour les relier \u00e0 leur origine, les \u00e9clairer par des liens qui permettent de les mettre en perspective avec les violences\u00a0subies (van der Hart, 1992). Par exemple, une odeur qui donne un malaise et envie de vomir se rapporte \u00e0 une odeur de l\u2019agresseur, une douleur qui fait paniquer se rapporte \u00e0 une douleur ressentie lors de l\u2019agression, un bruit qui para\u00eet intol\u00e9rable et angoissant est un bruit entendu lors des violences comme un bruit de pluie s\u2019il pleuvait, une heure de la journ\u00e9e peut \u00eatre syst\u00e9matiquement angoissante ou peut entra\u00eener une prise d\u2019alcool, des conduites boulimiques, des raptus suicidaires, des auto-mutilations s\u2019il s\u2019agit de l\u2019heure de l\u2019agression, une sensation d\u2019irritation, de chatouillement ou d\u2019\u00e9chauffement au niveau des organes g\u00e9nitaux survenant de fa\u00e7on totalement inadapt\u00e9e dans certaines situations peut se rapporter aux attouchements subis, des \u201cfantasmes sexuels\u201d violents, tr\u00e8s d\u00e9rangeants dont on ne veut pas, mais qui s\u2019imposent dans notre t\u00eate ne sont que des r\u00e9miniscences traumatiques des viols ou des agressions sexuelles subies\u2026<\/div>\n<div><\/div>\n<div>Rapidement, ce travail se fait quasi automatiquement et permet de s\u00e9curiser le terrain psychique, car lors de l\u2019allumage de la m\u00e9moire traumatique le cortex pourra d\u00e9sormais contr\u00f4ler la r\u00e9ponse \u00e9motionnelle et apaiser la d\u00e9tresse, sans avoir recours \u00e0 une disjonction spontan\u00e9e ou provoqu\u00e9e par des conduites dissociantes \u00e0 risques. Il s\u2019agit, pour le patient, de devenir\u00a0expert en \u00ab\u00a0d\u00e9minage\u00a0\u00bb et de poursuivre le travail seul, les conduites dissociantes n\u2019\u00e9tant plus n\u00e9cessaires et la m\u00e9moire traumatique se d\u00e9chargeant de plus en plus, la sensation de danger permanent s\u2019apaise et petit \u00e0 petit il devient possible de sortir de la dissociation, de se d\u00e9coloniser de la m\u00e9moire traumatique, de retrouver sa coh\u00e9rence, et d\u2019arr\u00eater de survivre pour vivre enfin en \u00e9tant enfin lui-m\u00eame. Avec ce processus, dispara\u00eet en parall\u00e8le le trouble de la personnalit\u00e9.<\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<p><b>Dre Muriel Salmona,<\/b><\/p>\n<div>Psychiatre &#8211; psychoth\u00e9rapeute<\/div>\n<div><\/div>\n<p>Responsable de l\u2019Institut de victimologie du 92<br \/>\nPr\u00e9sidente de l\u2019association M\u00e9moire Traumatique et Victimologie<br \/>\n<a href=\"mailto:drmsalmona@gmail.com\">drmsalmona@gmail.com<\/a><\/p>\n<div>site :\u00a0<a href=\"http:\/\/memoiretraumatique.org\/\">http:\/\/memoiretraumatique.org<\/a><\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div><b>Bibliographie :<\/b><\/div>\n<div><b>\u00a0<\/b><\/div>\n<div>Favre D. et al. \u00ab Empathie, contagion \u00e9motionnelle et coupure par rapport aux \u00e9motions \u00bb, <i>Enfance<\/i> 4\/2005 (Vol. 57), p.\u00a0363-382.<\/div>\n<div><\/div>\n<div>Ledoux, J., &amp; Muller, J. (1997) Emotional memory and psychopathology, <i>Phil. Trans. R. Soc. Lond.<\/i> B, 352, 1719-1726.<\/div>\n<div><\/div>\n<div>Nemeroff, C.B., &amp; Douglas, J., Bremner,\u00a0 Foa, E. B.,\u00a0 Mayberg, H.S., North, C.S.,\u00a0 Stein, M.B. (2009). Posttraumatic Stress Disorder: A State-of-the-Science Review Influential Publications,\u00a0 American Psychiatric Association, 7:254-273.<\/div>\n<div><\/div>\n<div>Rauch, S.L., Shin, L.M., and Phelps, E.A. (2006). Neurocircuitry models of posttraumatic stress disorder and extinction: human neuroimaging research\u2013past, present, and future. Biol. Psychiatry 60, 376\u2013382.<\/div>\n<div><\/div>\n<div>Salmona M., La m\u00e9moire traumatique. In K\u00e9dia M, Sabouraud-Seguin A (eds.). L\u2019aide-m\u00e9moire en psychotraumatologie. Paris\u00a0: Dunod, 2008.<\/div>\n<div><\/div>\n<div>Salmona M., M\u00e9moire traumatique et conduites dissociantes. In Coutanceau R, Smith J. Traumas et r\u00e9silience. Paris\u00a0: Dunod, 2012<\/div>\n<div><\/div>\n<div>Salmona M. L\u2019impact psychotraumatique des violences sur les enfants : la m\u00e9moire traumatique \u00e0 l\u2019\u0153uvre, in La revue de sant\u00e9 scolaire et universitaire 6, Elsevier, 2013<\/div>\n<div><\/div>\n<div>Salmona M., Le livre noir des violences sexuelles, Paris, Dunod, 2013<\/div>\n<div><\/div>\n<div>Trinquart J., La d\u00e9corporalisation dans la pratique prostitutionnelle : un obstacle majeur \u00e0 l\u2019acc\u00e8s des soins, th\u00e8se de doctorat en m\u00e9decine, Paris, 2002, t\u00e9l\u00e9chargeable sur le site <a href=\"http:\/\/memoiretraumatique.org\/\">memoiretraumatique.org<\/a><\/div>\n<div><\/div>\n<div>Van der Hart O. and co. <i>Le soi hant\u00e9,<\/i> Paris,<i> <\/i>De Boeck, 2010<\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div>Van der Hart, O.,\u00a0 &amp; Friedman, B. (1992).Trauma, dissociation and trigger: Their role in treatment and emergency psychiatry, in<i> Emergency psychiatry today<\/i>, Amsterdam, Elsevier,\u00a0 137-142<\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div>Van der Kolk BA., McFarlane AC., Weisaeth L., Traumatic Stress: The Effects of Overwhelming Experience on Mind, Body, and Society, NY, The Guilford Press, 2006<\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div>Yehuda R, Ledoux J. Response Variation following Trauma: A Translational Neuroscience Approach to Understanding PTSD. Neuron 56. 2007, Oct 4;19-32<\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dre Muriel Salmona La violence est un formidable instrument de soumission et de dissociation, particuli\u00e8rement quand elle est terrorisante et qu&rsquo;elle plonge la victime dans un sc\u00e9nario insens\u00e9. Elle est \u00e0 l\u2019origine de troubles psychotraumatiques fr\u00e9quents et qui peuvent s\u2019installer de fa\u00e7on chronique, sous la forme de troubles de la personnalit\u00e9, par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019une m\u00e9moire [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":77,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1,3],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.trauma-and-prostitution.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.trauma-and-prostitution.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.trauma-and-prostitution.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.trauma-and-prostitution.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.trauma-and-prostitution.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=24"}],"version-history":[{"count":13,"href":"https:\/\/www.trauma-and-prostitution.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":124,"href":"https:\/\/www.trauma-and-prostitution.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24\/revisions\/124"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.trauma-and-prostitution.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/77"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.trauma-and-prostitution.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=24"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.trauma-and-prostitution.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=24"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.trauma-and-prostitution.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=24"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}