413 organisations féministes s’élèvent contre la politique de l’Allemagne au sujet des femmes dans l’Union européenne

Le texte suivant a été approuvé par le Front féministe international, qui rassemble 413 associations de 7 pays, engagées contre le système patriacal et les violences machistes qu´il engendre. Il analyse les actions politiques des partis établis allemands sur les thèmes de la prostitution, la gestation pour autrui, « le changement de sexe » et l’avortement. Les organisations féministes jettent un regard critique sur la politique des femmes de l´Allemagne en Europe. En conclusion, elles sont consternées pas cette politique et se soucient pour la protection des femmes, non seulement en Allemagne, mais aussi dans toute l’Europe. Nous vivons aujourd’hui dans une Europe des frontières ouvertes. Avec une politique aussi méprisante envers les femmes que celle menée en Allemagne, les femmes de toute l’Europe sont touchées et beaucoup risquent d’être victimes et exploitées par le patriarcat allemand.

Un texte de Dr. Ingeborg Kraus, Karlsruhe, le 30.05.2024.

L’Allemagne nazie a mis l’Europe à feu et à sang, a tué et chassé des millions de personnes et a commis, avec l’Holocauste, une rupture de civilisation sans précédent. L’Union européenne est née et a grandi lentement sur ces décombres. L’Allemagne n’a pas conquis la démocratie, celle-ci la lui a été offerte. Des milliers de soldats des forces alliées ont dû se battre pour cela, et plusieurs dizaines de milliers de personnes y ont laissé leur vie. La nouvelle Allemagne démocratique fait partie de l’UE et porte, en raison de son histoire de coupable, une responsabilité particulière au sein de l’UE.

Cette année, les élections européennes ont lieu dans une année de crise : guerres, catastrophes écologiques dues au changement climatique, et montée en puissance des forces populistes et d’extrême droite dans le monde.

La politique patriarcale continue de dominer l’action politique : exploitation, oppression, brutalité et soif de domination au détriment des hommes, des animaux et de la nature. Les femmes en politique et la politique féministe n’ont jamais été aussi importantes qu’aujourd’hui.

L’Allemagne a reçu une main tendue après la Seconde Guerre mondiale et est devenue membre de l’UE. Comment l’Allemagne gère-t-elle cette confiance offerte ? Dans ce texte, je souhaite analyser la politique européenne de l’Allemagne en ce qui concerne sa politique des femmes, et je me pose aussi la question suivante : comment l’Allemagne gère-t-elle sa responsabilité historique au sein de l’UE ?

Sur de nombreuses affiches de campagne, les partis se prononcent en faveur d’une Europe forte. Le font-ils vraiment ?

Nous commencerons par tirer quelques conclusions de mon texte : il faut en effet constater que l’Allemagne se comporte très souvent comme une mauvais élève au sein de l’UE : soit elle ne fait pas ses devoirs, soit elle les fait mal. L’Allemagne bloque aussi souvent des lois progressistes au sein de l’UE, fait la sourde oreille ou se montre agacée par l’UE. Les exemples sont légion. En voici quelques-uns :

Par exemple, l’Allemagne s’est donné 5 ans pour mettre en œuvre la directive européenne (2011/36/UE) de 2011 sur une meilleure protection contre la traite des êtres humains avec le §232 du code pénal en 2016. Lors de sa transposition, l’Allemagne n’a pas intégré les notions d’« abus d’autorité et d’exploitation d’une vulnérabilité particulière ». Il est donc encore aujourd’hui douteux que l’Allemagne ait réellement rempli son obligation en la matière.

De même, la Convention d’Istanbul de 2011 (un instrument international contraignant pour lutter contre la violence à l’égard des femmes) n’a été ratifiée par l’Allemagne que six ans plus tard, c’est-à-dire en 2017, et n’est considérée comme un droit en vigueur en Allemagne que depuis février 2018. Jusqu’à présent, il n’existe aucune stratégie pour sa mise en œuvre.

Dans le cas de la pornographie enfantine, l’Allemagne a attendu 10 ans et n’a donné suite qu’en 2021 aux directives de l’UE (2011/92/UE), qui considère ces délits comme des infractions graves. Le nouveau gouvernement a ensuite fait marche arrière le 1er mai 2024 en réduisant ces faits à une infraction moins grave, bien que cela soit en contradiction évidente avec la directive de l’UE.

Quelle est la politique des femmes des différents partis en Allemagne ? Nous n’analyserons pas ici tous les sujets, mais seulement les plus urgents : la prostitution et l’interruption de grossesse.

  1. PROSTITUTION

En introduisant une législation libérale sur la prostitution en 2002, l’Allemagne est devenue le bordel de l’Europe. La politique internationale demande depuis des années à l’Allemagne de modifier sa législation sur la prostitution et de se concentrer sur la réduction de la demande. Que s’est-il passé ? Rien du tout.

Tous les partis de gauche (SPD, Verts, Linke) semblent résister à la critique et continuent de miser sur la légalisation de la prostitution, ce qui a exactement l’effet inverse de la réduction de la demande : la normalisation de l’achat de sexe et la protection des acheteurs de sexe, des proxénètes et des gérants de maisons closes.

Vous trouverez dans la note finale une liste terriblement longue d’accords et de conventions internationales qui exigent de l’Allemagne un changement d’orientation dans sa politique de prostitution.

L’Allemagne a l’obligation de respecter ces accords. L’Allemagne s’isole en Europe avec sa politique qui légalise l’achat de sexe et ne fait donc rien contre la demande. Depuis des années, l’Allemagne fait exactement le contraire de ce qu’elle s’est engagée à faire ! Le gouvernement semble s’en moquer.

Lorsque la CDU a soumis le modèle nordique au vote du Bundestag en mars 2024, tous les partis de gauche (SPD, Verts, Linke) ont récité les mythes habituels sur la prostitution (une pénalisation des clients forcerait la prostitution à devenir clandestine, augmenterait la violence et équivaudrait à une interdiction professionnelle, etc.) et ont rejeté la proposition en bloc. Il est étonnant de constater que le SPD est ici en contradiction avec sa propre politique européenne, puisque c’est l’eurodéputée SPD Maria Noichl qui s’est battue pour le modèle nordique au niveau européen et qui a été à l’origine de l’adoption par le Parlement européen du texte suivant : « La réglementation de la prostitution dans l’UE : ses effets transfrontaliers et ses conséquences pour l’égalité et les droits des femmes ». Alors que faire maintenant ? Le SPD est-il favorable au modèle nordique dans l’UE mais le rejette-t-il pour l’Allemagne ? C’est extrêmement curieux !

Nous savons aujourd’hui que plus de 90 % des femmes qui se prostituent ne le font pas de leur plein gré, la majorité d’entre elles étant même victimes de la traite des êtres humains. Derrière le système de la prostitution se cache une exploitation impitoyable. Quelques hommes s’enrichissent sur le dos du corps et de la santé des femmes. Les femmes ayant des vulnérabilités spécifiques (p. ex. traumatisme préalable, migration, pauvreté) ne sont pas protégées. Avec la loi sur la protection des prostituées, ces femmes sont livrées en pâture à des exploiteurs brutaux. Ce n’est pas une politique de gauche, mais une politique néolibérale.

La loi sur la prostitution de 2002 et son amendement en 2017 ont échoué. Tous les faits sont là. Comment se fait-il que les partis (SPD & Verts) qui ont introduit cette loi n’aient rien appris après 20 ans et continuent de nier les réalités de la prostitution ? La triste réalité de leur étroitesse d’esprit est pourtant que des milliers de femmes en font quotidiennement les frais dans la prostitution et subissent des violences sexuelles.

  1. La gestation pour autri :

Le thème de la prostitution n’est apparemment pas un « dérapage » dans les errements du SPD et des Verts, puisqu’ils veulent maintenant légaliser, selon le même schéma de pensée, la maternité de substitution, sous le couvert d’une « maternité de substitution altruiste ». Un tel projet ne fera évidemment qu’encourager l’exploitation des femmes et la traite des êtres humains.

Avec la prostitution, les femmes sont réduites à des objets achetables pour le défoulement des pulsions masculines, avec la gestation pour autri, elles sont réduites à des couveuses achetables. Le SPD et les Verts font de gros efforts pour donner une légitimité étatique au patriarcat. C’est le contraire des objectifs féministes, qui visent à libérer la femme du patriarcat et non de promouvoir leur exploitation par le partriarcat.

  1. « CHANGEMENT DE SEXE »

Les partis de gauche en Allemagne (SPD, Verts, Linke) ont voté à l’unanimité la loi d’autodétermination en avril 2024. Ils ont ainsi définitivement renoncé à une politique de gauche sérieuse, car la politique de gauche est synonyme d’information et non d’une fantaisie digne d’un cabaret, où chaque citoyen peut changer de sexe chaque année, dans un sens ou dans l’autre, comme il le souhaite. Des députés l’ont imposé en faisant passer pour des faits des affirmations fausses (par exemple « il y a plus de deux sexes » ou « les femmes transgenres sont des femmes »). Toute personne âgée de plus de 14 ans en Allemagne peut désormais changer de sexe chaque année. La protection des enfants est ainsi déclarée absurde, et les femmes abolies en tant que sexe. Les femmes perdent ainsi de nombreux droits, comme par exemple les espaces protégés pour les femmes, le sport féminin, les quotas féminins, etc. Déclarer que cette loi est féministe est une plaisanterie. Et ils veulent maintenant faire la promotion de cette loi dans l’UE ! Non merci !

  1. Le FDP, un parti pour les droits des hommes

Le FDP, en tant que plus petit partenaire de coalition dans le gouvernement actuel, semble ne faire de la politique que pour son petit groupe-cible masculin. Il ne bloque pas seulement des réformes importantes au sein de sa coalition, mais aussi au sein de l’UE : il a bloqué le vote de la loi européenne sur la chaîne d’approvisionnement, il s’est opposé à l’arrêt des véhicules à combustion, à l’interdiction du glyphosate et a voté contre une loi progressiste visant à protéger les femmes contre le viol dans l’UE. Au sein de l’Allemagne, il est bien sûr aussi favorable à la poursuite de la législation libérale sur la prostitution, la légalisation de la maternité de substitution, la commercialisation des ovules et la loi sur l’autodétermination. Il semble qu’il ne puisse faire que de la politique de lobbying pour sa clientèle élitiste masculine. En tant que féministe, j’espère que le FDP n’aura plus jamais de position de pouvoir, ni en Allemagne, ni dans l’UE.

  1. AVORTEMENT

La CDU a évolué positivement dans de nombreux domaines de la politique des femmes. Elle est ainsi le premier et le seul parti établi en Allemagne à exiger le modèle nordique, à s’opposer à la maternité de substitution et à rejeter la loi sur l’autodétermination dans sa forme actuelle.

Depuis plus de 50 ans, elle ne change pourtant pas d’avis sur l’interruption de grossesse. En Allemagne, l’avortement est toujours traité dans le cadre du code pénal et se situe donc entre le meurtre, l’homicide et l’homicide involontaire. La CDU/CSU continue de trouver cela normal. En 1995, un compromis a été trouvé qui autorise l’avortement jusqu’à la 12esemaine sous condition d’une consultation médicale. Dans un premier temps, cela ne semble pas si grave. Mais les conséquences négatives de continuer à gérer les avortements sous le §218 du droit pénal sont très importantes : l’avortement ne fait pas partie de la formation de base en gynécologie, c’est pourquoi le nombre des médecins qui pratiquent des avortements diminue. De nombreuses cliniques gérées par des responsables chrétiens refusent de pratiquer des avortements. Même les grandes cliniques de soins ne proposent pas toujours l’avortement. Il existe aujourd’hui une véritable pénurie de soins. Dans une ville moyenne comme la mienne, Karlsruhe, qui compte environ 300.000 habitants, il n’y a qu’un seul médecin qui propose des avortements par aspiration. S’il est malade ou en vacances, les femmes doivent faire un long voyage jusqu’à une autre ville, et y être traitées par un médecin étranger, souvent sans égards et à la chaîne. La situation en Bavière est encore bien pire : seuls 9 des 83 hôpitaux publics proposent encore des interruptions de grossesse. De nombreuses femmes font état de traitements et de consultations dans un climat hostile, comme si elles étaient des délinquantes. Les médecins qui pratiquent des avortements font aussi l’objet de campagnes hostiles.

Lorsqu’on parle de cet état d’urgence avec des femmes politiques de la CDU/CSU, les mots suivants reviennent très vite : « protection de la vie à naître ». Et cela, dès le premier jour de la grossesse. Elles voient dans le « compromis de 1995 » une bonne solution. Mais elles ne voient pas que ce conflit n’oppose plus depuis longtemps les partis de droite et de gauche ou les conservateurs et les libéraux, mais l’extrême droite et les fondamentalistes chrétiens aux personnes faisant preuve d’ouverture d’esprit. Lors d’un vote historique en France, tous les partis, sauf l’extrême droite, ont voté pour l’inscription du droit à l’avortement dans la constitution. C’est Simone Veil, survivante de l’Holocauste, ministre de la Santé d’un gouvernement de centre-droit et première présidente du Parlement européen, qui a introduit la loi de 1975 dépénalisant l’avortement en France.

« Le droit à l’avortement est un droit fondamental », affirme désormais le Parlement européen, qui a voté en avril 2024 à une nette  majorité l’inscription de ce droit dans la Charte des droits fondamentaux.

La CDU/CSU doit se voir reprocher ici sa position sur ce point, qui la place du côté de l’extrême droite et des fondamentalistes chrétiens. Des responsables menacent de porter plainte devant la Cour constitutionnelle fédérale. Ils semblent vouloir continuer à écouter le Vatican et non l’UE, ni Simone Veil, ni notre voisine la France, qui a désormais inscrit ce droit dans sa constitution. Ils veulent continuer à traiter comme des criminelles les femmes enceintes contre leur gré. Il s’agit pourtant de soins de base en matière de santé féminine, et non d’un délit.

Depuis des années, la CDU/CSU introduit l’idée d’une culture dominante allemande censée cimenter la société. Ce faisant, elle avance des thèmes absurdes comme le sapin de Noel et le kebab. Ce n’est pas la baguette ou le beaujolais qui donnent une orientation à la société française, mais ses valeurs républicaines : Liberté, Égalité, Fraternité. L’Allemagne a sa Loi fondamentale, qui fête cette année son 75e anniversaire. On y trouve tout ce dont une société a besoin pour trouver une cohésion. Je vous invite à vous en inspirer ! Pour les droits des femmes, c’est le paragraphe 3 sur l’égalité des sexes. Avec la légalisation de l’achat de sexe, l’Allemagne est elle-même en contradiction avec son paragraphe sur l´égalité.

Avec leur politique qui ne trouve pas de réponse aux dysfonctionnements extrêmes, les partis politique établis renforcent eux-mêmes les forces d’extrême droite en Allemagne. De nombreux électeurs de l’AFD ne sont certainement que des électeurs protestataires qui expriment ainsi leur déception. Malgré tout, l’AFD est un danger pour notre démocratie, car elle a déjà gagné plus de 30% des électeurs dans certaines régions.

Voilà à quoi ressemble la politique allemande sur les femmes. Un paysage politique difficile, où une féministe ne peut pas vraiment trouver sa place.

L’Allemagne mène même une politique antiféministe dans de nombreux domaines et devrait prendre du recul lorsqu’elle souhaite donner des conseils à d’autres pays. L’Allemagne ignore les critiques internationales sur sa politique et mène une politique repliée sur elle-même sans regarder au-delà de son propre horizon pour voir ce que font ses voisines et comment elles traitent certains sujets. Mais l’Europe est aussi là pour élargir son propre horizon et apprendre des autres. Il y a de nombreuses grandes réalisations en matière de politique des femmes en Europe, dont nous pouvons nous inspirer en Allemagne. Un comportement responsable de la part des hommes et des femmes politiques allemands, notamment en ce qui concerne notre responsabilité vis-à-vis de notre passé nazi, serait d’écouter les autres et d’apprendre.

Nous vous invitons à Paris, où des féministes fortes et intellectuelles se feront un plaisir de vous expliquer leur rapport à la prostitution et à l’avortement. Soyez solidaires de ces femmes en Europe!

Nous demandons donc à tous les partis de se débarrasser de leur étroitesse d’esprit, d’abandonner leur clientélisme et leurs tactiques politiques et de mettre en place une politique des femmes qui leur soit réellement favorable.

Ce serait le signe d’une Europe forte ! C’est important pour les femmes, pour l’Europe, pour la démocratie, pour l´Allemagne, pour la paix, pour notre avenir.

Avec nos salutations les plus cordiales,

Dr. Ingeborg Kraus et 413 cosignataires d’organisations de défense des droits des femmes du front féministe international.

https://www.front-feministe.org

https://www.trauma-and-prostitution.eu

Praxis Dr. Ingeborg Kraus – Amalienstr. 47 – 76133 Karlsruhe – GERMANY

Note finale : Accords et conventions qui invitent l’Allemagne à changer d’orientation dans sa politique en matière de prostitution :

  • 1949 : La Convention des Nations Unies de 1949, qui n’a pas encore été ratifiée par le gouvernement fédéral, déclare que « la prostitution et le fléau qui l’accompagne, à savoir la traite des êtres humains aux fins de prostitution, sont incompatibles avec la dignité et la valeur de la personne humaine et mettent en danger le bien-être de l’individu, de la famille et de la communauté ».

Source : Convention des Nations unies pour la répression de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution autre : https://www.un.org/Depts/german/uebereinkommen/ar317-iv.pdf

  • 2000 : La Convention internationale visant à prévenir et à réprimer la traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle (Protocole de Palerme), entrée en vigueur pour l’Allemagne en 2006, invite les États à prendre des mesures pour décourager la demande qui favorise toutes les formes d’exploitation conduisant à la traite des êtres humains.

Source : Bundeskriminalamt, Protocole de Palerme et ses conséquences – Lutte contre la « traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle ». 12.04.2010. https://www.bka.de/SharedDocs/Downloads/DE/UnsereAufgaben/Ermittlungsunterstuetzung/Forschung/eBookMHSexAusbeutung/eBookMHSexAusbeutung.html

  • 2011 : La directive européenne sur la traite des êtres humains, entrée en vigueur en Allemagne en 2016, demande aux États de réduire la demande et de la contrer.

 

  • 2011 : la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique (Convention d’Istanbul). Dès 2004, une étude (commandée par le BMFSFJ) a démontré que les femmes dans la prostitution sont extrêmement souvent victimes de violence. En 2021, un rapport alternatif a été déposé auprès du Grevio par l’Alliance du modèle nordique, qui présente de manière approfondie la violence à l’encontre des femmes dans la prostitution.

Sources : Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique. https://rm.coe.int/1680462535

Alliance Nordic Model : Shadow Report – Council of Europe Convention on preventing and combating violence against women and domestic violence. https://rm.coe.int/2021-07-09-alliance-nordic-model-shadow-report/1680a33a24

  • 2014 : Selon une résolution du Parlement européen, la prostitution est contraire à la dignité humaine et empêche l’égalité entre les hommes et les femmes : dans sa « Résolution sur l’exploitation sexuelle et la prostitution et leurs effets sur l’égalité des genres », le Parlement européen estime donc que le modèle dit nordique « est une méthode pour lutter contre la traite des femmes et des filles à des fins d’exploitation sexuelle et pour améliorer l’égalité des genres ». (Résolution non contraignante de 2014).

Le Parlement européen estime (paragraphe 1, 2013/2103(INI)) : « que la prostitution, la prostitution forcée et l’exploitation sexuelle sont fortement déterminées par le genre et constituent des atteintes à la dignité humaine ainsi qu’une contradiction avec les principes des droits de l’homme, tels que l’égalité entre les sexes, et sont donc incompatibles avec les principes de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, y compris l’objectif et le principe d’égalité entre les sexes ».

Source : Résolution du Parlement européen sur l’exploitation sexuelle et la prostitution et leurs effets sur l’égalité des genres (« Honeyball Resolution »), 2014 : https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-7-2014-0162_DE.html?redirect

  • 2014 : en 2014, le Conseil de l’Europe a également exhorté les gouvernements européens à s’engager davantage contre l’esclavage sexuel et la prostitution. Les députés ont cité la Suède comme modèle, où l’achat de prestations sexuelles est interdit. Le client est puni, mais la prostituée reste impunie. Depuis, la traite des femmes a fortement diminué en Suède, a indiqué le rapport de l’Assemblée à Strasbourg.

 

  • 2019 : Dans un rapport pour la réunion du G7 à Biarritz en 2019, il a été demandé à des consultants indépendants de répertorier les lois les plus efficaces / les plus avancées pour promouvoir et établir l’égalité des genres. Le modèle nordique y a été recommandé : « Selon certaines études, le nombre de femmes exploitées sexuellement par la traite des femmes et la prostitution est beaucoup plus faible dans les États qui appliquent le modèle nordique. En interdisant l’achat d’actes sexuels, ces États reconnaissent également que l’exploitation sexuelle est liée à la violence sexuelle et sexiste ».

Source : Partenariat de Biarritz pour l’égalité entre les femmes et les hommes – Recommandations du Conseil consultatif pour l’égalité entre les femmes et les hommes en vue de faire progresser l’égalité entre les femmes et les hommes et l’autonomisation des filles et des femmes – Appel à l’action – page 17 : https://www.elysee.fr/admin/upload/default/0001/05/cfb1e2ba2b9aa09c1660f1b6df2cabbc815eecc2.pdf

  • 2021 : DISCOURAGING THE DEMAND, endiguer la demande. C’est ce que dit le rapport 2021 de l’OSCE sur la traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle. Le moteur de cette forme de traite des êtres humains, qui est aussi la plus lucrative et dont les bénéfices sont estimés à 100 milliards de dollars par an, c’est l’argent. L’essence, c’est la demande.

C’est pourquoi l’OSCE encourage vivement ses États participants à revoir leurs réponses pénales pour endiguer la demande. Plusieurs aspects devraient être pris en compte : Les acheteurs de sexe sont directement et indirectement responsables des souffrances immenses infligées aux victimes de la traite des êtres humains. Les États doivent être conscients de la gravité du problème : la violence est presque exclusivement le fait d’hommes et les victimes sont principalement des femmes et des filles, qui présentent presque toujours une vulnérabilité particulière (comme le fait d’appartenir à une minorité sociale). Les acheteurs de sexe ne peuvent et/ou ne veulent pas identifier les victimes de la traite des êtres humains. Les États doivent être conscients des messages qu’ils souhaitent transmettre à une société, notamment en ce qui concerne la protection des personnes vulnérables, étant donné que les lois pénales définissent également des normes sociales.

Source : OSCE – Bureau du Représentant spécial et du Coordinateur de la lutte contre la traite des êtres humains. DICSOURAGING THE DEMAND that fosters trafficking for the purpose of sexual exploitation. 2021. https://www.osce.org/files/f/documents/7/f/489388_1.pdf

  • 2022 : l’Assemblée générale des Nations unies adopte une résolution sur la traite des femmes et des jeunes filles, demandant aux États d’éliminer l’exigence d’acheter des actes sexuels.

Source : Nations unies – Assemblée générale – Résolution adoptée par l’Assemblée générale le 15 décembre 2022. 77/194 Trafficking in women and girls. https://documents-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/N22/759/64/PDF/N2275964.pdf?OpenElement

  • 2023 : L’OSCE a rédigé un avis juridique sur la législation actuelle en matière de prostitution en Allemagne. Cette expertise conclut que la législation allemande n’est pas adaptée à la protection des personnes en situation de prostitution, ni à la lutte contre la traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle. L’OSCE demande au gouvernement allemand de lutter contre la demande de prostitution afin de respecter ses obligations juridiques internationales.

Source : OSCE, Varsovie, 15 décembre 2022. Opinion sur les actes de l’Allemagne en matière de prostitution et de traite des êtres humains. https://onedrive.live.com/?authkey=%21AK1ZUWyxT0oDJdU&id=27813F762ED6DE5F%21132&cid=27813F762ED6DE5F&parId=root&parQt=sharedby&parCid=6406FDFA0DB4AE5C&o=OneUp

  • En septembre 2023, le Parlement européen a adopté une résolution qui considère la prostitution comme une forme de violence et un système de violence axé sur le profit, qui est par nature violent, discriminatoire et profondément inhumain ». Les membres de l’UE sont invités à mettre en œuvre toutes les composantes du modèle nordique. La voie allemande, qui normalise la prostitution et dépénalise l’achat de sexe et le proxénétisme, a été vivement critiquée.

Source : 2022/2139(INI).La réglementation de la prostitution dans l’UE : son impact transfrontalier et ses conséquences sur l’égalité et les droits des femmes.14.09.2023. https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-9-2023-0328_DE.html

  • En mai 2024, le rapport « Prostitution and violence against women and girls » de Reem Alsalem, rapporteuse spéciale des Nations unies sur la violence à l’égard des femmes et des enfants, sera publié.

Ce rapport rejette les termes « travail du sexe » et « travailleuses du sexe », en se basant sur l’observation que la prostitution est un système de violence qui réduit les femmes et les filles à l’état de marchandise.C’est un système d’inégalité et de discrimination fondé sur le sexe, qui empêche les femmes d’atteindre l’égalité. Elle appelle tous les Etats à adopter une position abolitionniste et souligne l’échec du modèle allemand de réglementation de la prostitution.

Source : Prostitution et violence à l’égard des femmes et des filles : rapport du Rapporteur spécial sur la violence à l’égard des femmes, ses causes et ses conséquences, Reem Alsalem. 07.05.2024. https://digitallibrary.un.org/record/4049148?ln=en&v=pdf#files